OPEN SCIENCE : 3 questions à Sylvain Massip PDG et fondateur d’Opscidia

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Sylvain, pouvez-vous vous présenter ?

 

« Je suis physicien de formation, et passionné par la recherche scientifique en général. J’ai étudié à Centrale Paris, puis j’ai fait un doctorat à l’Université de Cambridge, où j’ai travaillé sur les cellules photovoltaïques de troisième génération. J’ai ensuite rejoint une toute jeune start’up parisienne dont j’ai dirigé l’équipe de R&D pendant 7 ans.

Pendant ces dix ans en doctorat puis en start’up, j’ai eu l’occasion de participer, puis de créer et d’animer de très nombreux projets de partenariats entre recherche académique et industrie.

Par ailleurs, j’ai fini mon doctorat en 2011, quelques mois avant que ne débute « the cost of knowledge », le mouvement de boycott d’Elsevier par des mathématiciens de Cambridge et Oxford. C’est comme cela que j’ai commencé à suivre les questions liées à l’accès ouvert aux résultats de la recherche scientifiques.

Et c’est en combinant ces deux éléments que m’est venue l’intuition à l’origine d’Opscidia : c’est en promouvant la réutilisation des résultats de la recherche au-delà de la sphère académique que l’on pourra développer un nouveau modèle pour la publication scientifique.

Après avoir mûri cette idée pendant quelques années, je me suis associé avec Charles Letaillieur, ingénieur télécom et ami de longue date. Charles a passé 10 ans à concevoir des solutions web pour l’ouverture des données publiques, et pour la digitalisation des services publics. Ce qu’il a vu dans le domaine de l’administration est assez similaire à ce que l’on voit dans le domaine de la recherche. Son expérience et ses compétences sont donc le parfait complément aux miennes, et nous avons donc créé ensemble Opscidia. »

 

Que fait Opscidia ?

 

« Opscidia est une toute jeune société qui promeut l’open access pour les publications scientifiques. Notre pari est que les publications scientifiques ouvertes ne doivent pas être vues comme un coût, mais plutôt comme une opportunité pour innover et pour faciliter la réutilisation des résultats de la recherche dans la société.

Nous développons donc d’une part une plateforme pour la publication scientifique, (avec peer-review) qui est open source, open access et gratuite pour l’auteur, c’est à dire sans APC. (La version beta est ici)

D’autre part, nous développons des outils de veille technologique et scientifique basés sur l’analyse par NLP de l’ensemble des publications open access. Ces outils sont destinés à tous ceux qui sont susceptibles de réutiliser les résultats de la recherche (entreprises, pouvoirs publics, professionnels de la santé, etc.)

Ces deux activités se renforcent mutuellement: notre activité d’éditeur nous permettra de concevoir de meilleurs outils de veille et nos outils de veille nous permettront de financer notre activité d’éditeur. »

 

Quelle est votre vision des prochains défis dans votre secteur ?

 

« Le secteur de la publication scientifique fait face à de nombreux défis. Schématiquement, je les classerais en trois catégories :

 

  • Il y a d’abord la question de l’accès aux publications scientifiques. Les prix des abonnements aux revues ont atteints de tels sommets que plus personne n’est en mesure de les payer. Même les universités californiennes ont arrêté leurs souscriptions. On imagine alors à quel point le problème est insoluble pour les pays en développement. Mais au-delà de cette question de l’accès aux connaissances, il y a l’accès à la publication, qui est un élément très important pour faire grandir la recherche des pays en développement. Le changement de modèle qui consiste à faire payer la publication par celui qui l’écrit plutôt que par celui qui la lit permet certes de disséminer largement les connaissances, mais il coupe les petites institutions ainsi que les pays en développement de la possibilité de partager leurs résultats. Nous espérons que notre modèle d’accès ouvert gratuit pour les chercheur sera en mesure d’améliorer cette situation.

 

  • Le second grand défi est celui de la reproductibilité. Il faut que les lecteurs des publications scientifiques, qu’ils soient académiques, industriels ou simples citoyens, soient en mesure de faire confiance à ce qu’ils lisent. Pour cela, des innovations sont nécessaires pour améliorer la transparence des résultats (données ouvertes, protocoles pré-enregistrés, partage et revue par les paires des logiciels). La revue par les paires, également, est un système qui a besoin d’être amélioré et modernisé. De nombreuses innovations sont en cours dans ce domaine, elles seront très importantes. Notre objectif est d’implémenter le plus possible de ces innovations dans notre plateforme, et ensuite de laisser les comités éditoriaux choisir de s’en saisir ou non, en fonction des problématiques spécifiques à leur discipline et à leur communauté.

 

  • Le troisième grand défi est celui de la réutilisation des résultats de la recherche. Cela concerne les académiques eux-mêmes, mais aussi les décideurs politiques, le secteur privé et les citoyens. Avec l’explosion du nombre d’articles scientifiques produits, il est quasiment impossible pour une personne de suivre l’ensemble des connaissances produites sur un sujet. Cela rend la question de la curation d’autant plus importante. Il faut aussi prendre en compte que, de plus en plus, les articles seront lus et analysés par des algorithmes. Les technologies de recherche automatique dans les corpus telles que celles que nous développons auront un rôle à jouer pour tirer le maximum de la recherche et la publication scientifique devra y être adaptée. »

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Laura Bernard

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