Portrait de Sophie Gamerman, Directrice R&D nouvelles technologies
Sophie Gamerman a intégré récemment de comité d’administration d’Inria alumni. L’occasion pour nous de mettre en avant le parcours d’une femme qui a évolué « dans un milieu d’hommes ».
En 1984, accompagnée de Michel Scholl et de François Bancilhon, Sophie effectue sa thèse chez Inria sur l’étude des performances dans les bases de données. Au sein de l’institut, elle acquiert des bases technologiques précieuses qu’elle utilisera tout au long de sa carrière. En 1989, elle se lance dans l’aventure de création de startup et participe à la création et au développement d’O2 Technology. Sophie poursuivra sa carrière en mettant à profit ses compétences pour des éditeurs de logiciel dans des domaines variés : du logiciel de devis pour garagiste à celui de gestion de l’intérim pour les grandes entreprises. Son rôle, en plus du rôle traditionnel de directrice technique : être facilitateur entre les équipes internes et externes et les accompagner dans le changement, le passage à de nouvelles technologies. Son leitmotiv : « aider à progresser ».
Rencontre.
Cette année Inria fête ses 30 ans de création d’entreprises, vous qui avez participé à la création d’O2 Technology en 1989, sur les plans professionnel et personnel, qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?
Sophie Gamerman : « Cela a été une expérience extraordinaire. J’avais fait une thèse et je ne connaissais rien au monde de l’entreprise. J’ai appris des tas de choses : comment définir un produit, comment le développer comme un produit et non comme un prototype de recherche, comment le présenter, le vendre, assurer le support aux utilisateurs… Bref j’ai développé des compétences indispensables pour travailler chez un éditeur de logiciel. Des compétences qu’on ne m’avait pas enseigné à la fac. J’ai démarré la filiale américaine à Palo Alto, des moments inoubliables. La vie d’une startup n’est pas tous les jours simple. Cela crée des liens. J’ai rencontré des gens fabuleux, certains sont devenus des amis. »
Vous vous qualifiez de « facilitateur », pouvez-vous nous expliquer quel sens vous donnez à cet adjectif ?
Sophie Gamerman : « Mon rôle a souvent été d’aider des équipes à travailler ensemble pour des objectifs communs et de donner les moyens à chacun de les atteindre. C’est particulièrement important pour une société qui doit faire un saut technologique. Par exemple, j’ai travaillé chez plusieurs éditeurs de logiciel pour accompagner leur passage à des technologies plus up-to-date. Humainement, c’est extrêmement difficile car il faut expliquer aux développeurs qui maitrisent parfaitement leur technologie que leur monde change et qu’ils ont tout à gagner à être acteur de ce changement. Pour y arriver, il faut à la fois être très ambitieux et prudent. J’ai aussi travaillé dans des sociétés en pleine expansion et là le challenge est de mettre en place de nouveaux process pour accompagner le changement d’échelle. »
Tout à long de votre carrière, vous avez évolué dans un « milieu d’hommes ». Est-ce que cela a influé dans votre parcours ?
Sophie Gamerman : « Oui une femme à la direction technique, ce n’est pas standard. Alors parfois, pour être écoutée, il a fallu que je démontre mes compétences techniques, ma maitrise de l’informatique. Une fois que vous avez convaincu vos interlocuteurs, il n’y a plus de problème.Cependant, je suis toujours étonnée de voir aussi peu de femmes dans les équipes techniques. Je constate que depuis une vingtaine d’années, les femmes candidatent de moins en moins aux postes de développeur. Je souhaite qu’Inria alumni puisse jouer un rôle pour inciter les femmes à suivre un cursus informatique. Mon expérience montre qu’une femme peut parfaitement réussir en informatique, que l’informatique ce n’est pas que des développeurs qui passent leurs jours et leurs nuits sur des sujets abscons. »

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